Taipouet

J’ai fini il y a quelques mois , le livre de Sandrine Collette  » Les larmes noires sur la terre ». J’ai adoré  » Des noeuds d’acier », le premier livre que j’ai lu du même auteur et je m’étais promis que je lirai tous ses romans.

Toutes les critiques sur Les larmes noires sur la terre étaient excellentes et je me plongeais avec la plus grande excitation dans la lecture de ce roman. Je ne fus pas déçue. J’ai surtout eu la surprise de découvrir que l’héroïne Moe est polynésienne. Sandrine Collette a su dépeindre avec justesse les sentiments d’une îlienne déracinée en métropole.

Je connais plusieurs femmes ainsi, qui ont quitté leur île natale pour suivre leur mari en métropole et j’ai été cette îlienne déracinée. Alors bien sûr, son histoire me touche personnellement. Récemment, une amie m’a racontée qu’elle avait détesté la France car on la traitait de « taipouet » dans sa belle-famille. Elle est persuadée que c’était parce qu’elle a la peau foncée. Pour elle, les Français sont racistes. J’ai senti sa souffrance. Il y a dix milles façons de blesser une personne : on peut faire des remarques assassines, des petits piques humiliantes, l’exclure, l’ignorer. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle violence conjugale et maltraitance psychologique. Sandrine Collette l’explique et le dépeint très bien dans son livre.

Je vais vous raconter un souvenir que ce livre a réveillé. Je n’ai pas quitté Tahiti pour suivre un mari métropolitain. Comme beaucoup de bacheliers, à l’âge de 18 ans, j’ai pris l’avion pour poursuivre mes études en métropole. J’y étais tellement bien que j’y suis restée quatre ans sans y revenir une seule fois pendant les vacances scolaires. C’est la vérité mais pas toute la vérité. J’avoue être issue d’un milieu très modeste. Il ne m’était jamais venue à l’idée de réclamer à ma famille un billet aller-retour pour venir passer des vacances à Tahiti. Malgré le mal du pays, mon désir de revoir mes parents, frère et soeur, je suis restée en France. La nostalgie ne me poussa pas non plus à me rapprocher des associations d’étudiants polynésiens.

Non, je voulais m’imprégner de tout, apprendre, expérimenter, découvrir et me faire des nouveaux amis. Faire la bringue les week-ends, retrouver des Tahitiens pour manger du poisson cru au lait de coco, danser le tamure, écouter du ukulele, ne me tentaient pas du tout. Je connais tout cela me disais-je, je suis en France, je dois faire comme les français, manger comme eux, m’habiller comme eux… Bref, je me suis adaptée tant bien que mal à ma nouvelle vie. Ce n’était pas trop difficile. En revanche, c’était difficile pour les Français de m’accepter telle que je suis. Cela me fait sourire maintenant mais je me rappelle que lorsque je parlais à un de mes professeurs, elle m’écoutait en fronçant les sourcils. A 18 ans, je découvre que j’ai un accent et que je roule les r.

J’ai 42 ans, et je ne connais pas la définition du mot « taipouet » . J’ai cherché sur google et je n’ai rien trouvé. Peut-être qu’il vaut mieux ne pas savoir…

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Le temps d’un week-end

Je me suis un peu absentée du blog mais me voilà de retour ! J’ai en fait beaucoup lu notamment les romans de James Lee Burke. Lorsque j’aime un auteur, j’ai tendance à le lire sans modération. J’ai lu plusieurs livres à la suite jusqu’à m’imprégner de sa langue, de son style, et de son rythme.

J’aimais tant le lire que le temps d’un week-end à la presqu’île, je l’ai même emporté dans ma petite valise pour le lire au bord de la rivière. Ce n’était pas tout à fait une bonne idée à la rivière où le lieu grouille de moustiques ! Quel bonheur de pouvoir passer la journée à se promener, se baigner et lire.

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Les 5 saveurs

Ma tête est un cellier sombre, désorganisé et riche. Là sont conservés les souvenirs, les lectures, les idées. Les mots surgissent et réclament leur part d’existence. Je choisis au hasard les ingrédients, guidée par l’inspiration. J’ai une histoire en tête et je laisse l’encre des mots simples couler en confiance espérant traduire l’expérience d’un souvenir délicieux ou préparer une histoire croustillante. Je finis par avoir un texte que je dois cependant encore décortiquer. Je le relis et goûte aux phrases piquantes tout en rejetant les expressions jugées trop mielleuses. J’équeute une longue phrase car elle me semble compliquée. Parfois, j’épluche les descriptions de paysages, trop fastidieux et ennuyeux. J’écosse les personnages pour ne garder que l’essentiel, le cœur.

Soudain, c’est l’horreur. Je suis paralysée et je ne sais plus rien, ni qui je suis, ni ce que je désire. Mon stylo est posé tristement sur une page muette. Le capuchon est à l’arrière du stylo ce qui me permet d’avoir une bonne stabilité et une longueur qui sied à mes longs doigts. Mais rien ne vient. Le néant. Je suis envahie de sentiments contradictoires et compliqués. Les mots qui ont pourtant un goût particulier sont fades. Je ne comprends pas où est l’erreur. Est-ce ma syntaxe ou la conjugaison ? Dois-je repeser chaque mot, mon texte manque-t-il de sauce ? Devrais-je alors épaissir mon idée ou complètement refaire le mélange ? C’est infâme, indigeste et je jette tout à la poubelle.

Je me souviens d’un auteur célèbre qui disait qu’il valait mieux écrire sur des choses qu’on connaît. Et pour les connaître, il faut les vivre pas vrai ? Hélas, mon ignorance me laisse sans voix, sans mots. Ma vie ordinaire me semble plate et monotone car aucun évènement ne vient pimenter cette vie tranquille, ennuyeuse. Et pourtant, très jeune, j’ai eu le goût des choses comme disait Jacques Brel. Je rêvais de voyages et d’aventures, de découvertes et d’expériences multiples. Ecrire me donne le sentiment d’échapper à la médiocrité de l’existence pour en tirer uniquement la substance essentielle, une saveur unique. Je relis mon texte. Je reformule autrement. Je me demande si dans mon laboratoire, j’ai tout ce qu’il me faut comme bagage littéraire, ou si j’ai les bons ustensiles. Je fouille maintenant dans ma bibliothèque cherchant l’ingrédient rare : une citation raffinée d’auteur, le passage aigre-doux d’un roman, un poème exquis. Je cherche le condiment qui a su traduire si bien ce que j’étais incapable d’expliquer. Une fois trouvée, je réalise que tout cela mijotait déjà depuis un moment. Quoiqu’il arrive, que j’ai ou pas tout ce qu’il me faut pour concocter mon texte, je dois persévérer. Bien sûr, j’ai déjà préparé des poèmes ou des nouvelles, serais-je pour autant capable d’écrire un roman savoureux que d’autres apprécieraient ? Je ne suis pas un chef étoilé qui prétend sortir un texte gastronomique éligible au Goncourt. Je voudrais écrire et finir un texte agréable, vrai et honnête. Chaque nuit, je suis là, tenaillée par un besoin qui me dévore : l’écriture ; et une passion qui est comme une faim : la lecture.

J’assaisonne donc mes phrases en ajoutant un adverbe ou un adjectif. Je vérifie dans mon dictionnaire l’orthographe des mots et leurs définitions pour nourrir toujours ce cellier et ce plat. Prise de doute, je consulte le Bescherelle et finis par réarranger une phrase. J’attrape mon dictionnaire des synonymes pour ajouter le mot coloré ou croquant qui embellira ma préparation. S’il existe une recette pour bien écrire, ou pour devenir un auteur célèbre, on ne me l’a pas donné,  et je ne l’ai pas encore trouvée.

Je poursuis mon expérience culinaire. Un souvenir surgit soudain au cœur de la nuit. Mon défunt père aux fourneaux. Il aimait cuisiner et manger, lui qui avait souffert de la pauvreté et de la faim dans son enfance. Il ne disait pas l’amour mais nous nourrissait d’amour, au sens propre. Mes yeux s’emplissent de larmes émues. Voici une cuillerée de nostalgie. Je rehausse d’une pincée de ponctuation.  Je dois être claire et précise dans mes propos. Je rature, coupe, tranche, recommence. J’épice davantage grâce à un mot savant que je trouve percutant. Je laisse sur le feu mais ensuite, je barre la phrase : décidément non, trop prétentieux, artificiel, maniéré. Cela tourne au vinaigre car évidemment ce n’est pas moi, ce n’est pas ma langue !

J’ai foi en mon Faber-Castel. J’écris inlassablement jusqu’à ce que le bout de mon majeur, là où repose la plume, me brûle. Alors, je pose le stylo et masse doucement la rougeur. La peau a fini par s’endurcir comme un cor. Vite écrire car je dois m’acquitter de cette tâche maudissant le jour qui se lève et qui me happera dans un tourbillon de tâches banales. Très vite, les mots jaillissent. Ils rissolent doucement et les arômes qui s’en échappent me semblent authentiques. Enfin une histoire a fermenté pour devenir un texte concret. Il faut la laisser se lever puis se reposer.  J’y reviens encore pour la pétrir. La rouler pour former un long rouleau, la diviser et ensuite, en faire des scènes ou des séquences. N’en fais-je pas trop, ne suis-je pas en train de me disperser ?

« Papa, pourquoi fait-on autant de plats au nouvel an chinois ? On ne pourra jamais tout manger ! » « C’est la tradition : l’idéal pour commencer la nouvelle année est d’avoir sur la table les cinq saveurs : doux, salé, acide, amer et épicé. C’est comme la vie, n’est-ce pas ? Tu comprendras un jour… » En effet, des décennies plus tard, je comprends ce qu’il voulait dire. Je continue de découper mes textes en rondelles ou en lamelles, espérant les accommoder au mieux de mots de liaison pour avoir des paragraphes cohérents

La nuit, je croque la vie en me permettant toutes les libertés. En créant des personnes parfaites dans leur beauté et leur laideur. J’échappe ainsi à des considérations trivialement inodores et incolores. Je me soustrais au regard d’autrui car seule, penchée sur ma page, je suis confrontée à moi-même. Un autre monde s’ouvre alors devant moi. C’est ainsi que le silence se brise, que s’affranchit la douleur, parfois c’est le bonheur que je préserve, et je chercher à figer un délicieux moment pour l’éternité.

Les coqs commencent à chanter et le bureau s’éclaire des premières lueurs du jour. Je pose enfin mon ustensile préféré en me disant que je dégrossirais encore cette nuit certains passages et que je continuerai à moudre d’autres paragraphes. Peut-être que certains dégusteront avec plaisir ma préparation. Ai-je bien mitonné une histoire avec un bon dosage entre ces cinq saveurs ? Mon écriture ne fera pas à l’unanimité. Appétissante ou pas, au mieux elle aura permis de réunir plusieurs personnes autour d’une table.

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De L’art à Tahiti

Il y a des années, j’ai vu un tableau au Musée des îles qui m’a marquée. Le thème : le jardin d’Eden. Je lis le nom sous le tableau : Jean-Luc Bousquet. Je le retiens tant son tableau m’a laissé une impression durable. C’était notre première rencontre si je puis dire…
Bien plus tard, il expose à la Galerie des Tropiques. Bien sûr, j’y vais et je découvre un tout autre univers. Je découvre ses personnages et j’adore ! Je ne vais pas vous décrire ce que j’ai vu ou vous expliquer pourquoi ces tableaux me plaisent. Je crois que c’est comme pour un livre, on aime parce que certains mots vous ont touché ou résonnent au plus profond de votre être. Je crois qu’il en est de même pour la peinture et l’art.
Un jour, alors que j’entre dans le bureau de mon notaire, mon regard est tout de suite attiré par le tableau immense qui prend presque toute la surface du mur. Je pressens que c’est Bousquet et effectivement sa signature tout en bas le confirme. Ce n’est qu’hier que j’apprends le titre ce tableau Motoro ou Le mystère de l’immaculée conception
Alors une édition limitée, je me suis dit : je vais l’acheter et revoir ce jardin d’Eden. Mais il n’y est pas. Je suis déçue mais pourtant, je n’arrive pas à lâcher le livret avec toutes ses oeuvre en miniatures sur papier glacé. Alors, pour la modique somme de  2 000 XPF, je peux revoir ses oeuvres à loisir et j’achèterai certainement le prochain livre aussi.
Je l’ai acheté parce que les couleurs sont fidèles aux oeuvres. Voyez-vous, il y avait « La longue attente de l’ange » exposée dans la salle, et j’ai comparé le reproduction et la tableau que j’avais devant les yeux. Couleur, tonalité, luminosité, contraste : il n’y avait aucune différence.
Je l’ai acheté car je voulais aussi en savoir plus sur l’artiste. Je comprends maintenant en partie pourquoi sa peinture me parle.
Le plus drôle c’est que je croise mon notaire et là, je découvre que je suis devant un authentique collectionneur et qu’il a déjà une dizaine de toiles de Jean-Luc Bousquet chez lui. Comme je le comprends !

Joyeuses Pâques !

A Tahiti, les clochent sonnent aussi, on partir à la chasse dans le jardin pour ramasser des oeufs au chocolat. C’est tellement amusant de voir les enfants munis de leurs minuscules paniers, fouiller gaiement dans les arbustes à la recherche de ces friandises.

Il faut quand même les ramasser rapidement tôt parce qu’il y a un détail qui peut vite gâcher la fête : les oeufs fondent au soleil ou bien ils sont envahis de fourmis rouges ! Alors soit on a les doigts plein de chocolat soit on est piqué.

Pâques à Tahiti, un long week-end de 4 jours : le vendredi 30 est un jour chômé, le samedi et dimanche c’est le week-end et il y a encore le lundi de Pâques qui est férié. Bref des petites vacances pour moi et de grandes vacances pour les enfants et le corps enseignant puisqu’ils bénéficient de deux semaines de vacances.

Mon programme pour ces petites vacances : lecture passionnante, écriture toujours difficile, baignade dans le lagon, et bien sûr overdose de chocolat.

Joyeuses Pâques à tous !

Mon espace de travail/écriture

On me demande : « Quel est ton rapport avec l’écriture, comment t’y prends-tu, comment organises-tu le temps et l’espace ? Quel serait le déroulement idéal d’une journée d’écriture ?  » Alors, voici mon territoire, mon rituel. A mon tour de poser une question : « Est-ce que ce lieu vous apparaît, me voyez-vous en train d’écrire ? »

Tout se passe ici. La pièce semble minuscule car le grand lit semble occuper tout l’espace mais entre le lit et le mur, il y a un bureau si bien que lorsque je m’assois sur mon lit, je suis en face de mon bureau. Entre le lit et le bureau, juste l’espace nécessaire pour une chaise.

Sur mon bureau, il y a mes carnets. Mon Rhodia noir est le plus ancien. Cabossé et rayé après des séjours dans différents sacs à main. Sur ce carnet, il y en a un autre, identique par la taille mais deux fois moins épais, de couleur rose. Sur celui-ci, je note tous mes rêves.

Car souvent, je me réveille la nuit. D’abord, je reste un moment dans le noir, je sens la brise légère provenant de la fenêtre, je tente de saisir les brumes de mon rêve avant d’allumer ma lampe de chevet. Alors, je jette un coup d’oeil au réveil posé à côté de cette lampe. S’il est tôt, je sors du lit. J’allume la lampe bleue du bureau. Quelquefois, je la déplace légèrement ou je l’incline différemment sur ma page lorsque j’écris. Si mon rêve ne s’est pas évaporé, je saisis ce cahier rose et je note tout ce dont je me souviens.

Parfois je prends mon agenda. C’est un The Reindeer violet dont la couverture est rigide et douce. J’ai tous les accessoires assortis : intercalaires, pochettes plastiques zippées, porte-cartes. Avec le stylo toujours accroché dessus, je commence à compléter la liste des tâches que je prévois d’accomplir aujourd’hui, demain, dans la semaine.

Puis, je pense à l’histoire que j’ai envie d’écrire, à mes personnages. Je regarde le mur au-dessus de mon bureau qui ressemble à un véritable patchwork car j’y ai scotché des dizaines de feuilles A4 : une par chapitre avec son résumé, ou un feuillet par scène.  Quand l’écriture me vient,  j’allume mon ordinateur portable. C’est un minuscule ordinateur que j’avais commandé lors d’un voyage en France. Je voulais l’emporter facilement partout avec moi, pour écrire quand et où je voulais dès que l’inspiration se faisait sentir, un peu comme le Rhodia. Mais désormais sa place est toujours ici. Je relis mon histoire et j’écris la suite en rajoutant une scène. J’écris jusqu’à ce que la chambre s’éclaire aux premières lueurs du jour.

Quelquefois, lorsqu’il y a urgence, au lieu d’allumer l’ordinateur, j’attrape mon stylo plume. Pas n’importe lequel, celui qui est dans le plumier en bois. Un Faber-Castel. De loin, le meilleur stylo plume que j’ai jamais eu de ma vie. Un ami qui connait ma passion pour les beaux stylos me l’a offert en disant  » j’ai pris mon temps avant de choisir celui-ci ».  Le stylo est beau avec son habillage en chêne et son capuchon chromé.  Je l’aime car sa plume glisse sur le papier et laisse des traces élégantes là où on s’attarde : sur une lettre, une virgule, un trait. Mon écriture illisible semble miraculeusement belle.

Dans le coin gauche de la table, il y a une chemise où je garde les coupures de journaux et des magazines dont le contenu m’intéresse. A droite, un ou deux livres ouverts sur des passages sur lesquels je dois réfléchir.

Tout se passe ici : je rêve, j’écris, je rêve et j’écris inlassablement.

Chalala et chinoiseries

NOUVEL AN CHINOIS

Toute la communauté chinoise de Tahiti a fêté à grand renfort de pétards le nouvel an chinois le vendredi 16 février 2018. Les lions et dragons ont dansé dans les rues de la ville, sont entrés chez les commerçants pour apporter bonheur, chance et prospérité à toute la population. Je dis toute la population parce que les Polynésiens participent aussi beaucoup aux festivités et viennent toujours nombreux au temple Kanti lors des festivités du nouvel an.

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Spectacle au temple Kanti à Mamao

Quand 2 Hakkas de Tahiti « chalala »

Deux nouvelles amies, Lorette et Bernice se retrouvent lors d’une manifestation culturelle chinoise : un atelier de broderie chinoise à l’association Kuo Ming Tang. Bernice est de petite taille, très bronzée car elle aime aller à la mer.  Elle est si menue que ses vêtements pourraient passer pour des vêtements de poupée. Elle porte ses cheveux gris longs jusqu’en bas du dos. Son visage est lisse, car comme la plupart des chinoises sa peau est peu marquée par les années. Lorette est tout aussi mate de peau mais elle est grande. Elle porte les cheveux au carré, et son visage ne trahit pas son âge. Elle aime faire du Tai Chi, cuisiner, et voyager.

Bernice raconte  : mes frères ont repris les affaires familiales mais pas moi parce que je suis une fille. Je devais me marier mais pas avec n’importe qui, seulement avec une personne issue de la communauté chinoise…ma famille est très attachée à notre culture chinoise et nous suivons toutes les coutumes. Sais-tu ce que j’ai découvert récemment ? Que nous ne faisons pas du tout comme les Chinois en Chine ?! L’autre jour, j’ai discuté avec un professeur de mandarin. Elle me racontait comment les Chinois fêtaient le nouvel an en Chine, ce qu’ils mangeaient, les activités qu’ils organisaient. Lorsque je lui ai dit ce que nous faisions depuis mon enfance elle m’a regardée avec une totale incompréhension. Non, elle ne connaît pas cette tradition. Elle ne peut en comprendre et en donner la signification. Tu te rends compte ? En fait, loin de notre « mère patrie », nous avons un peu déformé la culture ancestrale et inventé nos propres coutumes ! Ce n’est pas dramatique mais j’ai l’impression d’une mauvaise farce.

Et Lorette répond : Oh tu sais moi les traditions… j’ai toujours été une peu la rebelle de la famille et je ne me suis jamais intéressée aux coutumes. Quand j’étais plus jeune, je me rappelle être sortie avec un Popaa qui était à fond dans la culture chinoise. Il mettait des chemises col mao, mangeait avec des baguettes, accrochaient des estampes chinoises sur le mur de sa chambre,  choisissaient des meubles laqués noir et rouge pour le salon. Il apprenait le mandarin… Est-ce qu’il parlait bien ? Il connaissait les mots mais il ne les prononçait jamais avec le bon ton, il massacrait la langue gaiement. Le pire c’est qu’il se vantait de parler chinois ! Tiens, je me demande maintenant si je n’étais pas juste là pour la décoration ! Où en étais-je ? Ah oui, on devait aller à une petite fête, il voulait que je mette la robe chinoise traditionnelle, tu sais la robe Qipao, fendue sur le côté… Je n’avais pas envie mais il insistait tant et si bien que j’ai fini par lui dire : je suis une femme moderne et on vit au 20ème siècle, excuses-moi si je n’ai pas envie de m’accoutrer à l’ancienne. Est-ce que je te demande de mettre des collants, une perruque et de t’habiller comme Louis XVI ?